Il est presque 3 heures du matin. Je vais attaquer la 65 ème cigarette de la journée, je bois un café, j'écoute Bleu Pétrole.
Je n'avais pas remis les pieds ici depuis je ne sais combien de temps. J'ai tout relu ou presque, un peu comme un étranger. C'est assez bizarre comme sensation. Comme si quelqu'un me racontait mes propres souvenirs.
J'ai complètement perdu l'habitude d'écrire alors tu m'excuseras pour mes phrases mal foutues, ça risque de manquer légèrement de rythme. Je ne bois pratiquement plus. 5 cuites depuis le début de l'année. Même pas une par mois. J'ai acheté un appartement, enfin, celui dans lequel je vivais déjà. J'ai tout cassé et les travaux sont en cours. En cours depuis presque deux ans. Je vis avec Stéphanie qui rentre demain. J'ai une gold et un ipod.
Tout change. Rien ne change.
Ne me reste plus qu'à faire un gamin et je serai un adulte. Je crois que c'est ce qu'attend ma grand mère pour passer l'arme à gauche. La transmission et la sauvegarde de mon nom de famille. Aux dernières nouvelles nous étions 17 à le porter, uniquement ma famille et beaucoup de vieux dans le lot. Ce n'est pas au programme et je ne le souhaite toujours pas.
Je joue beaucoup au poker en ligne. Mal bien sûr. J'ai remplacé l'alcool par le jeu. Je ne lis plus du tout ou presque. Je songe de plus en plus à quitter mon boulot et je sais bien qu'un de ces matins ça va me traverser le crâne, en réunion ou ailleurs, je vais me lever et je vais me barrer. Enfin, c'est pas encore à l'ordre du jour.
J'ai eu envie d'écrire des dizaines et des dizaines de fois, mais beaucoup trop de monde de ma vie réelle lisait. Ce n'était plus possible. Ce sera le cas assez rapidement encore, je suppose. Si je trouve du temps à y consacrer et surtout si j'ai encore quelque chose à te raconter, j'irai voir ailleurs, certainement.
Il y a plein de choses dont je pourrais te parler. Comment nous avons vidé le bar du tgv en montant voir ACDC à Bercy. Comment je me suis ouvert le crâne à la dernière féria d'Arles, tout seul, comme un grand. Comment nous étions 6 au mariage de Manu (les mariés et les 2 témoins en couple) à la mairie de son bled, avec le maire et le maigre personnel de mairie en habits d'apparats qui attendaient une centaine de personnes. Comment j'aurai pu mourir il y a une quinzaine de jours avec un abcés facial qui a dégénéré, un début de septicémie. J'aurais pu y laisser un oeil, la moitié du nez, un morceau de mâchoire... Rien. 3 jours de fièvres, 10 jours de douleurs intenses au visage et un peu partout dans la moitié gauche de mon corps, 15 jours d'antibiotiques et puis plus rien. Comment mon "père" s'est fait abattre en sortant de prison. Je le met entre guillemets parce que mon livret de famille est formel. Je suis né de père inconnu. Tiens c'est pour ça d'ailleurs que je porte le nom de ma mère et que je suis le dernier de ma race. Tant mieux. Enfin c'est pas les conneries qui manquent à raconter.
Il ne se passe pas un jour dans cette putain de vie sans que je ne regrette. Pas un jour sans avoir envie de tout casser. Il ne se passe pas un jour sans que je ne pense à Véronique.
Allez, je vais m'arrêter là avant de déprimer tout le monde.
Il est presque 4 heures du matin.
Est ce que vous avez le même petit couple souriant à gerber tout en haut, en bandeau, quand vous éditez une note ? (J'ai pas vérifié mais ils sont sans doute aussi en page d'accueil de 20six) Tiens j'ai une question con. Ils sont de quelle nationalité ? Ils ont quels âges ? Ca me fait penser à Fight Club et les dessins des consignes de sécurité. Le seul truc dont je suis sûr c'est qu'elle a les yeux pétillants et les joues roses parce que lui, avec son air de pas y toucher, il est en train de lui fourrer deux doigts.
N'ayez pas peur du bonheur : il n'existe pas
Michel Houellebecq